J'ai pleuré à la librairie
Je vais être papa. On est le 13 février 2021 et j’ai écris les quatre mots précédents dans mes notes le 9 décembre dernier. Ce jour là Camille m’a tendu son test de grossesse et on a pleuré un bon coup. Depuis, je sauvegarde des phrases dans la même note sous ces quatre mots, surtout des détails insignifiants, comme si je me devais de documenter le plus possible cette attraction arrière qui prépare la grande vague qui arrive de nos vies. Mais ces gribouillis ne servent presque à rien ; juste à prendre ma respiration avant de plonger alors que j’ai pied.
J’ai pied, ou plutôt nous avons pied, Camille et moi ensemble ; après treize années à se construire nous, à ne jamais s’ennuyer du bruit et du silence de l’autre. Depuis début décembre, dans un montée exponentielle de concrétisations, j’ai forcément questionné toutes mes certitudes. Et puis avec l’annonce à nos proches et les premiers sérieux rendez-vous chez la sage-femme, mes petites notes à la noix sur un morceau écouté au seizième jour de la grossesse de Camille sont d’un coup devenues maquillage, un simple décor pour l’existence.
Cet enfant va arriver et ces fameuses certitudes vont être balayées en un instant. C’est ce qui est écrit dans les livres et probablement la seule injonction à prendre au pied de la lettre si j’en crois nos proches. Mais si j’ai eu peur toute ma vie de ne pas pouvoir tout contrôler, je sais que cette fois-ci il faudra, aussi effrayant soit-il, laisser ce qu’on a construit prendre le relais. L’amour accumulé comme un “cloud” de ressources face à l’inconnu, face au monde.
Demain, quand j’écris ces lignes, ce sera la Saint-Valentin. Nous n’avons pas franchement l’habitude de la fêter – du fait en partie que Camille soit fleuriste –, mais j’ai quand même voulu trouver un petit présent. Je souhaitais simplement trouver un joli carnet, pour pouvoir encore plus tenter un vain croche-patte au temps qui passe (j’aurai pu y recopier les notes de mon smartphone). Et puis à la librairie je suis tombé sur l’album d’Aurore Petit Une Maman c’est Comme une Maison et le best-seller a parfaitement défini en un instant ce que je suis entrain de vivre : je ne vais rien pouvoir contrôler, mais je vais pouvoir protéger. Même si pour le moment, probablement de par mon éducation par une mère célibataire, je vois Camille comme la maison et moi même comme une petite terrasse ou une petite fenêtre, j’ai vu dans cette métaphore ce dont j’avais besoin, et j’ai un peu pleuré.
Je vais être papa. To do : Il va falloir acheter un sèche linge et choisir à quel âge on fera découvrir Harry Potter.
13 mars. Depuis que j’ai rédigé ce brouillon nous avons effectivement acheté un sèche linge. Mais pas que. J’ai ressenti pour la première fois ce que va devenir un morceau de ma vie dans quelques mois, une forme d’attachement suprême, d’une nouvelle définition organique de l’absence. À deux reprises dans les dernières semaines je suis parti quelques jours en déplacement pour le boulot. J’écris ces lignes depuis Rome, et si je suis ravi d’être ici (surtout avec la géniale team du Hoxton), Camille me manque terriblement. Pas comme avant, pas comme l’amour, pas comme un simple FOMO, mais comme une poignée de sable qui file entre mes doigts dont je sais que je n’en récupérerais pas un grain. Comme si le temps, toujours si précieux, venait de se rajouter quelques carats.
Je vais être papa. To do : Il va falloir acheter un sèche linge une voiture et choisir à quel âge on fera découvrir Harry Potter.
Merci d’avoir lu PA:.
On se revoit bientôt, c’est gratos alors passez le mot à vos potos.





Il est vraiment superbe ce post. Merci ! J'aime bien le relire !
tlmnt touchant ❤️🔥